KYUNG BOUHOURS Métamorphoes et syncrétismes


"Enfant, j'ai toujours beaucoup dessiné, mais c'est à 11 ans, quand je suis arrivée en France, que je me suis dit que c'était possible." Kyung Bouhours se dirige naturellement vers les cours de dessin, une école d'arts appliqués, puis les Beaux-Arts.  "A 21 ans, j'étais certaine de vouloir être peintre."


MYTHOLOGIE INDUSTRIELLE

"Les années 1990, ce n'était pas vraiment la période pour être peintre! C'était le concept!" La technique n'est pas enseignée et la peinture encore moins encouragée. Elle trouve un peintre pour se former et, à la fin des études, refait ses classes, seule. "J'étais un peu perdue après mon diplôme, j'ai tout repris à zéro."

En Alsace, elle se met à peindre des paysages, des natures mortes. Elle passe à l'abstraction. Comme une envie de tout appprendre, de tout tester, de tout visiter. Par la technique, elle se libère. Le geste la libère du concept. "Je voulais arrêter de penser et de chercher à conceptualiser, je voulais suivre mes envies." Elle apprivoise le pigment et construit sa relation avec la peinture à l'huile. "L'huile, c'est doux, sensuel, fluide." Sa voix pétille. "J'aime dessiner et explorer d'autres techniques, mais l'huile c'est incomparable!" Elle se définit comme une peintre "coloriste", travaillant d'abord en camaïeu puis "montant en couleurs" petit à petit.

Dans son chemin avec la peinture, elle trouve sa voie dans la figuration, et trouve son univers. Un univers hybride, peuplé de créatures qui abolissent les catégories. "Je suis moi-même un hybride!" Ses métamorphoses ont beaucoup évolué dans des décors d'usines désaffectées. Parmi les Hommes, on croise, dans sa mytholgie industrielle, une Gorgone à la chevelure de fer et une Myrrha au tronc colonne de béton. Il y a parfois ces brumes, ces vapeurs, dont on ne sait  si la fluorescence est toxique ou enchanteresse. L'Océan s'invite dans la ville. Lèvres-coquilles, organes-coraux, excroissances-méduses. Mutations aqueuses. "C'est la nature qui reprend ses droits." Cette dystopie noire d'une humanité en voie de disparition tend aujourd'hui à s'apaiser. "Mes dernières toiles se situent beaucoup en extérieur et l'homme et la nature sont plus en paix." Kyung aime réconcilier.

Ses personnages sont souvent androgynes. Ses hybrides mêlent genre humain, animal et végétal. Ses scènes sont à la fois européennes, asiatiques et africaines. Kyung syncrétise, assemble et réunit, cherchant unité et liberté. Cet univers, c'est son espace mental. Les friches urbaines et contrées désoeuvrées côtoient les baisers, les bulles et la basse-cour. Les pylônes côtoient les arbres. Nul besoin de choisir entre rêve et cauchemar. C'est un univers parallèle, fréquenté par autant d'angoisses que de désirs, de revers que d'espoirs. Et c'est au sein de ce monde intérieur que la peinture trouve sa liberté. "Dans mon monde je n'ai aucune contrainte, je peux enfin tout peindre, et la liberté est une nécessité."



Barbara Tissier d'Artension